Les orphelins une histoire de Billy the Kid
Vuillard Éric
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Acte Sud, 2026
« Soudain, le vide se fit en lui. Son petit corps se contracta tout entier, il trembla ; et à cette minute, il sut qu'il serait toujours seul. Une terrible angoisse lui remonta par le bas du ventre. Il aperçut à contre-jour la gueule de Cahill, la mort lui parut proche ! Sur sa joue, il sentit le soleil, son harmonie mortelle, sa beauté. Il eut envie de pleurer. Alors, les visages des soldats, des garçons vachers qui faisaient cercle autour de lui, s'évaporèrent dans le néant. Sa main se faufila jusqu'à l'arme, et il tira. »
La quatrième de couverture est un extrait du récit. Ce n'est pas forcément très judicieux. Si nous n'avions pas lu et aimé d'autres livres d'Eric Vuillard, pas sûr que nous nous serions plongés dans celui-ci !
À travers un portrait de Billy the Kid, l'auteur poursuit son travail de déconstruction des figures légendaires de l'Amérique. Dans ce processus, après Buffalo Bill, Éric Vuillard se penche sur celui qui s'appelait peut-être William, Henri ou vraiment Billy et dont la célébrité démarre avec le livre de Pat Garrett Vie authentique de Billy the Kid.
La première biographie de celui qui n'était qu'un petit voleur est écrite par son assassin, quel ironie!
Le portrait du Kid est très flou, on ne sait que peu de choses factuelles sur lui mais s’il doit être un symbole, il est celui de la violence sur laquelle s'est fondée l'Amérique. Il n'a pas de père, sa mère meurt lorsqu'il a 14 ans, ses premiers vols sont poussés par la faim.
Mendiant vagabond, il fait partie des laissés pour compte dont l'État va se servir pour achever la colonisation des terres indiennes et asseoir le pouvoir des premiers grands propriétaires terriens. Les bandes de voleurs de bétail ne sont constituées que de « pauvres gars » et employées par les plus riches éleveurs pour éliminer la concurrence.
Les États-Unis d'Amérique n'ont jamais rien connu d'autre que le capitalisme sauvage, il est intrinsèque à sa formation.
Parallèlement, les bourgades qui fleurissent dans l'Ouest américain sont peuplées de désespérés qui rêvent d'un avenir meilleur. Elles sont ensuite organisées administrativement, le but étant avant tout d’occuper les terrains pour chasser définitivement les Indiens.
Quand on met des colts dans toutes ces mains, le bain de sang paraît bien inévitable. Selon les besoins, certains malfrats deviendront sherif, marchal…
Les autres se feront donc tuer " légalement " par leurs anciens complices.
Le récit est organisé par thème. Il est parfois difficile de suivre la chronologie des événements et de bien repérer les protagonistes. Cela peut quelquefois amoindrir le plaisir de lecture.
Cela dit c'est un récit d'un grand intérêt.
On en n'apprendra pas plus sur la vie du petit voleur mais on verra comment on fabrique une légende et on ouvrira encore un peu plus les yeux sur cette Amérique qui n’a décidément rien d'admirable !!
